L'Atelier du Reveur
24jan/120

Un AGV – Kingdom Builder

Un AGV (Avis à Grande Vitesse) sur

 KINGDOM BUILDER

 

Donald Vaccarino fait fort.

D'abord, il est l'auteur de Dominion, excellent jeu de stratégie qui a renouvelé – rien que ça – l'approche du jeu de cartes thématique à combinaisons.

Ensuite, il s'appelle Donald, ce qui ne se fait plus depuis Walt et pose d'emblée son homme.

Enfin, il est l'auteur de Kingdom Builder.

Kingdom Builder fait fort.

Au premier abord, il se perçoit comme un jeu simple à tendance linéaire voire autocratique, à choix restreint sinon inexistant – selon les joueurs qui n'auront rien compris au jeu, par paresse, précipitation dans la salivation du jugement ou défaut, tout simplement, d'intelligence ludique, ce qui arrive parfois. Un simple petit effet de tirage aléatoire et hop, vous obtenez ce résultat surprenant et caricatural.

En fait, Kingdom Builder, sous cette légèreté superficielle, dissimule un principe redoutable, d'une efficience et d'une rouerie rares.

Car Kingdom Builder déconcerte aussi par sa liberté de choix et de développements à court, moyen et long terme.

Voilà le fin mot. Kingdom Builder est un jeu de planification sur une partie, pas sur un seul tour. On prévoit, on anticipe sur les contraintes (oui, c'est possible), on se restreint ou non sur certaines possibilités, on se fixe des probables et des improbables. On cogite, et cela paie.

Expliquons le principe pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore : Kingdom Builder vous invite à étendre, sur un territoire composé de différents types de terrain (désert, forêt...), une succession de pions-villes à votre couleur. Le territoire, composé aléatoirement en début de partie, alterne petits et grands domaines de terrain dans une mosaïque globalement équilibrée.

A votre tour, vous tirez une carte terrain qui vous indique sur quel type de terrain vous devez construire. Voilà pour la contrainte. A partir de là, vous êtes libre d'aller où bon vous semble, à l'exception suivante près : si vous avez la possibilité de vous étendre à côté d'une ville déjà posée, alors vous devez le faire.

Pourquoi placer des villes, au fait, ne manquerez-vous pas de vous demander ? Hé bien, pour gagner des points de victoire aurifères, lesquels sont attribués en fin de partie selon trois critères tirés au sort en début de partie – exemple : « mineurs » vous rapporte 1 point pour chaque ville placée à côté d'une montagne.

On ne s'étend pas, dès lors, n'importe comment : nous avons trois objectifs en vue(principalement), et une juste analyse prévisionnelle va très vite devoir s'imposer.

Car tout choix effectué – peu importe le terrain tiré – conditionnera la suite de la partie. Vous souhaitez pouvoir vous étendre le plus librement possible ? Développez donc des villes dans des terrains isolés, vous couperez court à la contrainte de pose adjacente(oui, parce que si l'on ne peut se poser à côté d'une ville déjà posée, alors on peut jouer où l'on veut).

Vous  souhaitez au contraire développer de longues chaînes de connexions ? Choisissez des terrains souples reliés à d'autres types de terrain.

Vous pestez contre le mauvais sort sur deux, trois tours, en tirant plusieurs fois le même type de terrain  ? Tss tss : rien n'est inutile dans Kingdom Builder. Pensez à long terme : tous les objectifs sont susceptibles d'exploiter des placements apparemment inutiles ou anarchiques, plus tard.

Et puis...et puis il y a encore plus souple : dans chaque coin de carte se trouvent des lieux spéciaux. Si vous connectez une ville à un lieu spécial, vous bénéficiez, jusqu'à la fin de la partie, d'un pouvoir supplémentaire de placement ou de déplacement de villes. Exemple : avec une écurie, vous pouvez déplacer, à chaque tour, l'une de vos villes de deux cases, sans contrainte de proximité.

Là, l'objection de dirigisme absolu devient tout à fait vaine pour ne pas dire inepte,quelques tours bien pensés suffisant à transformer l'aléatoire en exercice d'optimisation calculée – c'est qu'il y a du casse-tête dans ce Kingdom-là...

C'est d'ailleurs peut-être là  le bât blessant du jeu, là qu'on peut, à la rigueur, appuyer pour se plaindre : la connotation imparfaite et fallacieuse du titre, qui laisse augurer un jeu de civilisation titanesque, quand il s'agit au fond de créer des réseaux sous contrainte et paramètres. Sous le royaume, il y a une trame abstraite hexagonale qui n'a que faire des battements de coeur.

 


D'un temps de jeu relativement court(sauf à entrer dans l'analysis paralysis chère aux joueurs cérébralescents), excellentissime à deux joueurs, facile d'accès, profond et riche au delà, Kingdom Builder a tout du jeu familial intelligent idéal. La multiplicité des combinaisons possibles de départ, tant du plateau que des critères de victoire, lui assure un renouvellement dont on se dit que, quand même, on n'en a pas vu la fin. D'autant plus que des extensions s'annoncent déjà...

Note subjective : Parfait.

Sur combien, monsieur le procureur ?

Sur 7,4

C'est précis

Toujours.

 

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