L'Atelier du Reveur
21avr/100

Un Avis-test sur Taï Chi Chuan

Un avis-test déraisonnablement subjectif et consciencieusement arbitraire sur

TAI CHI CHUAN

Préambule savant (à l'amende douce, ainsi qu'un juge bienveillant)

Je trouve bien du charme à la petite gamme maligne de Cocktail Games, dont le format pratique et les jeux clairs et rapides plaisent souvent, et très vite, à des gens peu connaisseurs du jeu de société(et aux très connaisseurs aussi, d'ailleurs, même si ces derniers s'avèrent souvent plus éclectiques et de fait plus exigeants).

La boîte métallique carrée, grâce à laquelle on l'identifie immédiatement (et sur ce point, rassurez-vous, chez Cocktail Games, on ne vous confond pas avec les autres boîtes métalliques de chez Gigamic, car plus que le matériau, c'est l'apparence globale, en premier lieu la quadrature, qui marque l'esprit) réussit le pari de contenir parfois d'excellents jeux. Je dis « parfois », car, je l'avoue, si je trouve souvent de bons petits jeux capables d'occuper un bout de temps un bout de table, j'en trouve rarement de ces très bons dont on se dit aussitôt : « diable-diantre, mais c'est fichtrement bien fait, et si on en refaisait une? ». Evidemment, de nos jours, plus personne ne dit « diable-diantre », qui est une formulation désuète, mais plutôt « peste-baste » ou « saperlipopette », surtout après une partie d'Elixir. Plus rarement entend-on « c'est torrentiel, on en ferait des bulles de joie en gloussant » - je ne l'ai même jamais entendu.

Parmi ces perles ludiques découvertes dans le champ d'huîtres des sorties annuelles, l'ostréiculteur du jeu(mon dieu, que cette métaphore filée est poussive, ça me fatigue......)ne pourra manquer d'indiquer l'excellentissime Tai Chi Chuan.

Gymnastique cérébrale

Tai Chi Chuan, c'est une sorte de mélange subtil entre le jeu de lettres classique et le jeu à prise de risques, avec un rien de bluff panique à introduire parfois dans l'affaire; un « melting mot » en quelque sorte. William Attia, l'auteur, n'est pas tout à fait un inconnu ; c'est lui qui, à la tête de son armée de Huns, dévasta l'Europe depuis l'Est en flammes jusqu'aux champs Catalauniques aux confins du bas Moyen-Age et derrière qui l'herbe dit-on et..ha, me glisse-t-on, ce n'est pas le même, pardon. Celui-là en effet est l'auteur remarqué du très bon bien qu'un peu frigorifiant Caylus, édité chez Ystari, une maison d'édition que nous apprécions beaucoup pour la qualité et l'exigence dont ils font preuve envers leurs jeux et les joueurs - ils ne donnent pas du moins l'impression de chercher les bouches niaisement têteuses pour y verser le premier breuvage insipide et commun venu, et ça, j'aime. Plutôt que d'annoncer des merveilles, en faire, c'est mieux, non? (et de surcroît, leurs couvertures de facture classique me plaisent beaucoup, mais je digresse encore, passons).

Tai Chi Chuan , c'est une sorte de mélange subtil entre le...pardon, petite redite. Poursuivons. .

Tai Chi chuan est d'abord un jeu de lettres, parce qu'on doit y chercher des mots à partir de contraintes alphabétiques – c'est un indice fort, vous ne trouvez pas? Un mot dont l'initiale est A et comportant les consonnes X, W, Q et J, par exemple, quand on n'a vraiment pas de chance. Ou bien un mot d'initiale F avec les lettres A, C, I, L et E, quand on veut dégoûter les autres de jouer avec vous(bah oui, ça fait tout de suite Flaccidité sans qu'on ait besoin de chercher...).

En même temps, c'est un mauvais exemple.

Mauvais exemple, parce que la prise de risque n'y est pas soulignée. Revenons un peu là-dessus, quitte à écraser l'herbe qui ne repoussera pas, du coup.

Les chasseurs et le mammouth

Hé non, il ne s'agit pas du titre improbable du dernier livre du pontifiant et erroné Claude Allègre dédicacé par Nicolas Hulot (pas la chouette, mais celui à moteur ronronnant et pales flapflapant dans les flots facétieux d'azurs fols et lointains infusés de soleil virginal).

Pour éviter toute confusion, procédons d'ailleurs immédiatement à un changement de titre.

L'onde et le roseau

Taï Chi Chuan est un jeu qui exigera de vous non seulement de bonnes aptitudes et/ou habitudes gymnastiques lexicales et logiques, mais aussi un certain sang-froid et une capacité difficilement estimable – même si tout de même on le sent quand on pousse le bouchon dans les orties, ou mamie un pont trop loin, ou l'inverse - à prendre les bons risques au bon moment. L'originalité relative de Taï Chi Chuan vient du fait qu'à son tour, chaque joueur va décider lui-même des risques qu'il se sent prêt à courir, en s'adaptant à ses tirages, en étant parfois souple, parfois rigide, tel une chose qui serait parfois souple, parfois rigide, comme le roseau dans le vent ou l'onde fraîche et limpide sur un tapis de petits cailloux roses et frileux.

Déploiement (ou l'« Ex - plication » étymologique)

L'objectif, dans Taï Chi Chuan, consiste, basiquement, à gagner plus de cartes que son adversaire – ce n'est pas là un point, il est vrai, d'une originalité confondante.

Voilà, de manière un peu distendue, ce qui se passe lors d'un tour de jeu:

  • le joueur actif tire et révèle la première carte de la pioche. Sur chaque carte figure une lettre – parfois deux pour les cartes-pièges, qui nous laissent le choix entre deux lettres moins faciles à lexipuler(vous me pardonnerez j'espère la hardiesse de ce néologisme sur lequel j'affirme ici mes droits); une lettre, disais-je, et un symbole(parmi 3). Cette carte déterminera l'initiale de tous les mots à trouver pendant le tour. Le joueur actif connait-il un mot commençant par cette lettre ? Si c'est le cas, chouette, il a gagné. Si ce n'est pas le cas, nous encourageons notre joueur à se tourner vers un jeu moins exigeant, la Bataille par exemple, ou n'importe quel jeu où l'on peut jouer machinalement avec les mains ou les pieds, sans nul besoin d'activer la zone sensible du corps que l'on trouve parfois dans la tête – je dis « parfois » par pure précaution, on ne sait jamais comment les gens sont formés.

  • Le joueur actif décide, s'il a bel et bien trouvé un mot correct commençant par l'initiale demandée, de s'arrêter ou de continuer. S'il s'arrête, il peut prendre sa carte et passer la main au joueur suivant. S'il continue, on passe à la phase suivante, attention vous allez voir, c'est TRES compliqué:

  • le joueur actif très ambitieux tire une AUTRE carte du paquet (ouhlala, mais c'est que c'est effectivement très complexe – que fait-on des cubes en bois à convertir en rectangles pour acheter des triangles à poser sur nos tuiles hexagonales?, demande à ce stade l'amateur de jeux allemands un peu perdu par le défaut de matériel palpable et – surtout – comptable). La deuxième carte indiquant une nouvelle lettre, vous comprenez le défi ? Trouver un mot commençant toujours par la lettre déterminée par la première carte – ça ne change jamais durant un tour – et comportant, n'importe où dans le mot, la seconde/deuxième? lettre demandée.

    Si le joueur a sous les yeux de l'esprit un mot dont la conformation répond aux critères demandés, alors bingo, il peut l'énoncer et gagner le droit de continuer ou s'arrêter. S'il continue, il tire une nouvelle carte etc, ad libitem ou nauseam selon les (é)goûts de chacun.

  • A partir du moment où il y a plus d'une carte tirée, si le joueur actif décide de s'arrêter, il gagne toutes les cartes comportant un symbole identique. Hé oui, c'est ici que la composante « symbole » sus-mentionnée entre en compte. Parfois, le hasard du tirage est farceur, et vos trois premières cartes tirées comportent chacune un symbole différent ,ce qui a pour effet de ne vous faire gagner qu'une carte si vous vous arrêtez. Ce qui a pour second effet de vous encourager à continuer, histoire de gagner un peu plus. Pervers, n'est-il pas?

  • A noter – point important - que si vous échouez à un moment quelconque de votre tour à trouver un mot répondant aux critères, alors, avant de passer piteusement la main à votre voisin et de mettre un terme à vos aventures alphabétiques, chacun des autres joueurs peut annoncer éventuellement un mot que LUI a trouvé pour gagner le droit de piocher une carte parmi celles étalées devant vous.

  • Admettons à présent que vous ayez mis un terme à votre mot-dyssée du tour, fier de vos quatre cartes à symbole identique (ouh le chanceux) glanées. Il se peut que vous puissiez librement ensiler, dans le réservoir de vos gains, les-dites cartes, et passer la main au joueur suivant. Il se peut AUSSI qu'un joueur farceur, téméraire ou n'importe quoi d'autre décide – suspense...- de vous DEFIER ! Ha, ventrebleu, saint-gris ou bien rempli, mais que voilà une donnée que l'on ne soupçonnait pas et qui nous esbaubit ! Que faire, que faire ?

  • Le joueur aventureux ou sûr de lui (ou pas du tout sûr de vous...) doit d'abord engager, comme mise, une carte précédemment gagnée par lui. Ensuite, une carte supplémentaire est retournée, comme si vous poursuiviez champêtrement votre tour. A ce moment, le duel est véritablement lancé. Si votre défieur trouve avant vous un mot répondant aux nouvelles exigences, alors il récupère sa carte et gagne le droit de se servir, avant vous, parmi les cartes étalées (vous ne perdez pas votre droit de vous servir, mais après, avec ce qui restera). Si votre défieur bée, inutile et sans voix, devant l'incapacité de trouver un mot, ou si vous trouvez avant lui, alors vous vous servirez comme d'ordinaire. L'importun, lui, s'en retournera, piteux, sur son tas délesté d'une carte.

Quand est-ce que ça s'arrête, demande l'enfant intempérant ou le mauvais joueur ?

Ca s'arrête - « ça » désignant la partie de Tai Chi Chuan bien entendu, non pas la marche qu'on croit inexorable de l'univers et du temps mesuré en mouvements de particules atomiques – lorsque la pioche s'est épuisée un certain nombre de fois. A ce moment précis, chacun pourra s'empresser de faire le décompte radieux de ses cartes: qui en aura le plus grand nombre sera déclaré vainqueur. On n'est pas chez Knizia, ici, non mais des fois.*

* : dans les jeux de cet auteur allemand – Herr General Knizia – souvent, le plus petit score sert d'élément de comparaison. C'est très curieux, mais on s'habitue. Et je l'appelle « General » parce que tout comme pour Faidutti, la simple mention de son nom sur une boîte de haricots verts peut multiplier son chiffre de vente par dix. C'est comme ça, aussi, le monde du jeu. Vous êtes un peu connu, vous pouvez faire n'importe quoi, on vous prendra sur le crédit passé et celui -peut-être – à venir. Vous pouvez être devenu d'un grand ridicule pontifiant: prrr, pas grave, du moment que ça permet de vendre au consommateur imprudent la dernière boîte de haricots verts - pardon, de jeu - à la mode.

    Constat final suivi de note

Un jeu de lettres et de prise de risque excellent, et qui tient dans la poche(avec un élastique, tout de même), à ce prix-là, on n'hésite pas messieurs-dames (si on aime toutefois les jeux de lettres avec de la prise de risque, sinon on peut hésiter et même se dispenser naturellement)!

Note arbitraire et péremptoirement subjective :

135 / 146

Dans ce format, difficile de trouver mieux!

Surérogation pour les amateurs de jeux de lettres:

Tai Chi Chuan s'avère un autre excellentissime jeu, avec l'édition bleue – la première et artisanale, réellement agréable - de Mixmo (je précise car la nouvelle est vomitive, fruit d'un labeur intestinal et commercial nauséabond), et la très belle réédition de Jarnac chez Blackrock.


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